31.03.2008

Appel

Atteindre le vide avec ses jambes et au pas
sentir son poids inexistant
voler les cheveux en bas
et mourir sur le sol jonché d'oiseaux de printemps. 

12.02.2008

le merle

Etre poète, c'est avoir:
des chaussettes volées à son père,
un pantalon donné par un juif,
un manteau offert par sa maman
et les grosses chaussures de son grand-père. 

Sommeil

La nuit, le diable
illumine les dormeurs
de son drap de lune.
Désirs et sang.
Le matin, les cadavres
sont sans souvenirs
et le ruisseau coule
toujours au même
endroit. 

11.02.2008

écueils poétiques

Baisers gardés

 

Je t’ai vu pour la première fois, étrangère,

sur un petit balcon carré rue des Saints-Pères

tu venais de naître, pure beauté à mes yeux,

mon petit bout rouge sang et couleur de feu.

 

Tu n’as rien dit d’abord, mon petit silence

des jours où tout crie, mon tribunal d’instance

populaire des grands crimes passionnels,

puis ta bouche a embrassé l’air, caramel,

 

pour, ma timide maladive de printemps,

me demander si un mardi j’aurais le temps

de respirer ton odeur de petite fleur

entre deux cœurs brisés, cardiaques. De peur

 

que le mercredi je ne sois qu’un souvenir

maladif crevé pauvre hirsute, sans mentir

je t’ai refusé, ô ma triste fleur froissée

afin que notre amour, jamais, soit consumé.

 


 Verres d’automne

 

Accrochés au balcon de mes souvenirs de petit homme

les nuages gris et blancs et noirs du dessus des boulevards

glissent sur mes chevilles nues, et c’est déjà l’automne

qui fait la course avec les restes distraits de l’été bavard.

 

Les premières gouttes d’eau s’écrasent là, sur le marbre

des tables qui me regardent de leurs grands yeux bouteille,

et comme un tambour sauvage je sens que mes membres

confits d’alcool réclament leur part de ce breuvage vermeil

 

que j’aime autant que le premier jaune des fleurs de printemps,

presque plus qu’un soleil qui sombre dans le bleu de l’océan

mais qui m’est vertement interdit par tout le corps

médical qui ne veut pas que je vive les yeux couverts d’or !

 

Autour, libre comme le vol des oiseaux dans le soleil de plomb

la farandole pétaradante des fins fidèles routiniers

passe sans trépasser et encore, et encore, en sifflant : « je suis bon ! »

sans jamais entendre les grands rires des enfants sous leurs pieds.

 

C’est pourquoi, au centre du macadam, à respirer

les rayons des matins qui meurent je reste là bien heureux

à voir les femmes passer sur les trottoirs, sans jamais mourir,

belles comme des paysages inconnus et vierges à mes yeux.

 


 Epoque

 

Qu’est ce qui pousse mon Dieu les frimousses du matin

à se rendre, pâles, au sacro-saint turbin ?

Passé le jour de paie, que reste t-il mon Dieu ?

Que reste t-il de leur sueur quand ils sont vieux ?

 

Une auto ? Un vélo ? Une radio ? Un cancer ?

Oui, ça valait bien la peine de vivre un enfer

pour mourir seul entouré de beaucoup d’objets

qui tous ont soudain une horrible odeur de pet !

 

Où sont passés les sentiers de l’innocence

qu’enfant j’arpentais à l’aube dans un soleil

jaune et vert qui me ravit toujours les sens ?

 

Un gros banquier avisé et sans pareil

les a photographié puis a déposé

les droits qu’il protège et garde, épuisé.

 

 

Douce mort

 

Je me suis endormi sur un lit commode

pour me perdre en conjectures sur mon vieux sort,

et vagabondant, j’ai entendu une ode

chantée par un ami emporté par la mort.

 

Je reverrai souvent son corps vert et sans vie

reposer sur le sol qui l’avait accueilli,

lourd et froid et seul, patient et sans un souffle

il attendait que les vivants le camouflent.

 

Sa tête vers la terre et les mains dans le ciel,

il m’a bercé de sa drogue musicale

afin que ici bas je goûte au doux miel

de sa mort longue où plus rien ne lui fait mal.

 

Je me suis réveillé ailleurs, endolori

par cette piqûre douce et mortelle de la vie

puis j’ai prié mon Dieu afin qu’au plus vite

mon cercueil soit rongé par beaucoup de termites.

 


 Le mort mourant

 

Depuis ma chambre, je rêve de paysages

et c’est bien là aujourd’hui mon seul voyage.

Cloué au matelas, c’est ma vieille cervelle

qui me sert de bateau pour aller voir les belles

 

rives du Jourdain où je me suis assis seul

un jour de bon soleil, sur une herbe veule.

L’eau verte trouble du premier baptême

flottait dans son lit et glissait des : « je t’aime »

 

au pauvre pèlerin agité que je fus.

Mais rien n’ébranlait mon orgueil éperdu

que je crachais consciencieusement devant moi

réjoui des cercles formés sur l’eau de foi.

 

Alors que ma peau mourante rejoint mes os

c’est ce souvenir qui m’obsède au galop

et toujours je refuse cruellement de voir

que toute ma vie bête j’aurais dû croire.

 


 Aigreurs

 

Moi qui suis un pas grand chose

je verse souvent des larmes

en écoutant seul la prose

de l’humanité sans charmes.

 

Je rêve de société

pour briser ma solitude

de pauvre être humilié

triste par habitude.

 

Si je pouvais entendre

rien qu’une fois seulement

la voix des rires tendres

de l’enfance sans tourments,

 

Je retrouverais les ailes

de la joie, source vierge

et sauvage, éternel

refuge, lieu sans pièges.

 

Aujourd’hui où tout se vend

je frise la potence

pour oser dire à mon temps

de chérir l’innocence.

 

 

 


 

 

Moderne crétin

 

Moi , je regarde la télévise

ma jolie lucarne animée

qui ne connaît pas la crise

et guide mes pensées

 

C’est moi qui dirige tout

depuis mon fauteuil d’acajou

je décide de mes chaînes

avec ma télécommande d’ébène

 

J’aime surtout les actualités

avec les messieurs sérieux

qui connaissent la réalité

et me l’expliquent jusque dans mon pieu

 

Certains soirs je peux même

couper le poste lui-même

et sortir dans la rue

on m’oblige à rien, vois-tu

 

Les autres soirs je me cultive

un bon documentaire

sans trop que je m’active

c’est comme des leçons particulières

 

Moi, je suis un moderne

y’a personne qui me gouverne

dans mes chaussons je suis anarchiste

j’ai même une âme d’artiste !

 


 Bambinade boom

 

Quand je me promène

seul avec mes chimères

je vois des carrosses blêmes

plein de nouveau-nés avec leurs mères

 

Elles, elles courent les boutiques

moi, je vole les regards mystiques

de ces petits bonhommes

qui ne connaissent pas l’homme

 

Ils sont là par hasard !

fruit de la mode,

fruit du cafard,

ils sont là, c’est commode !

 

Il faudrait leur dire

juste les prévenir

que passé Walt-Disney

ils vivront comme des baudets !

 

Oui vraiment c’est utile

de peupler la planète

parce que des serviles

il va en falloir, des brouettes !

 

 


Enfances

Voie lactée poussiéreuse

titube illuminée

derrière mes vitres heureuses

et je suis nouveau né.

 

Arbre sombre d’hiver

au creux de tes bras verts

l’oiseau qui y chante

j’ai un an virgule trente.

 

Table juste cirée

miroir de mon âme

tes odeurs pimentées

j’ai deux ans tagadam.

 

Givre vert du matin

noir océan serein

tes poissons sublunaires

j’ai trois ans sur la terre.

 

 

 


 Homme à square

 

Noble pépé du square Luxembourg,

ta face, rouge du soleil d’un jour,

résonne, rayonne futilement,

aux regards désabusés des passants.

 

Derrière tes lunettes noires, tes yeux

malades de grabataire cancéreux

fixent solidement un coin de ciel

qui semble te dire : « à bientôt ! Marcel. »

 

Mais toi, fière vieille peau des dimanches :

tu n’y crois pas trop et espère peut-être

vivre longtemps les mains sur les hanches.

 

Dans ta vie patiente et sans maîtres

tu n’as jamais su que qui vit pour rien

meurt également seul et comme un chien.

 


 

 Camille

 

Camille, armée des songes

de mes érections nocturophages

pareille à Venus nue

scandaleuse femme des rues

tu erres dans nos têtes

tu te perds dans mes fêtes

sulfureuse femme plastique

au cœur élastique

virus sans remède

la cohorte des hommes

mâles suants de maladies

hurle aux portes de tes yeux

pour y voler

un

baiser.


 

Vivre

 

Le matin j’ai envie de mourir.

Le midi j’ai envie de dormir.

Le soir, j’ai envie de rien.

Et la nuit, j’espère… En vain


 

Acacias

 

Pourquoi ne suis-je pas

mâle, mâle, mâle ?

 

Pourquoi suis-je

si pâle à fleur

porcelaine femelle

bijou acacia rose ?

 

Vil poète à

déflorations funestes

 

Haine haine de

soie de soie de soie

de soie. Banal à

mourir.


Veines

 

Je mélancole alcoolique

fumeur exotique aux

vaines veines ridulées

rouges angiomées

stellaires à figures

gonflées haïes rouge

de vices narcotiques

aimés haïs horrible

 


Juif

 

Je suis un bâtard

un mulâtre, un

métisse. J’ai pas

d’essence. J’suis

rien au milieu du

reste.


 

Femmes

 

Une femme c’est un placard,

un placard à balais

un placard à chimères

un placard à sperme

un placard implacable.


 

Regrets lunaires

 

A l’automne blanc, un soir,

mes pieds le long de tes cuisses,

au fond de tes regards lointains,

tes rougeurs candides trahissant

une virginité sublime,

la rondeur de tes fesses

et ton immatérielle beauté,

évanouie, le lendemain,

au crépuscule de ma tempête,

un souvenir de lune pour adoucir

un jour mon agonie au monde.


 

Pour Capucine

 

Je meurs de toi

apparition nocturne

de mes tribulations

terrestres

fantôme bleu aux

yeux bruns,

ombre fanée

Capucine, adorée.


 

Justice justice

 

Au palais de justice

à Paris comme à la

messe avant avant

on se lève on se baisse

on s’incline : quand

Madame le juge entre

en scène.

Elle est comme morte

Madame le juge :

ménopausée elle ne saigne plus,

mais c’est un juge, c’est son

métier. Elle est moche moche

mais c’est son métier.

Elle m’a jugé vite vite

pour un mot que j’avais

abandonné dans l’oreille

d’un policier. La sentence

tombe tombe.

Forte amende ou

prison prison.

Au plus lointain

de moi-même

bien après mes

révoltes, j’ai vu

son crâne de squelette de juge

dans son cercueil sous

terre.

Et puis j’ai ri,

comme un crocodile.


 

Vapeurs

 

A l’ombre des feuilles de l’arbre

la tête à même la terre

dans le soleil lumière et à

l’ombre, seul bien seul

un vent d’ailleurs un

vent perdu égaré d’une lointaine galaxie et mes

yeux fermés, seul bien seul

bien au fond de moi

le souffle clair je suis

à la source des songes.

 

Conseil

 

Petite fille,

quand ton abricot ouvrira

les yeux et qu’il dira : « j’ai faim »

oh petite femme

ne le met pas au régime,

ne le met pas au régime.

J’ai vu des vieilles sans

charmes hurler comme

des chiens de ferme

afin qu’on leur

chatouille la peau du sexe

sur leurs os.


Pour Monique Arnaud

 

Il y a autant de rires que de larme

sous ma plume.

Petite âme, petit être à boucles

noires aux yeux billes,

dans ces rues anciennes et présentes,

je croise ton souvenir, ton ombre,

tes sourires lisses ta virginité

joyeuse et je me déplace

en moi aux sons des cris

horribles de la foule qui t’entoure dans cette église

en flamme un jour

d’été en France au

soleil dur et au vin rouge

et au sang interrogatif muet

calciné et eau et sang.


Cazalas

 

Ange noir aux vitres

fumées, André Cazalas,

les yeux sous pression

et l’allure animale

 

pleure, pauvre bête,

depuis son balcon

aux sons rêveurs

de l’orgue barbare.

 

Un rire parfois

entre deux gâteaux

au beau milieu d’un thé

et surtout un regard

 

inquiet, malheureux et gai

entre trois soupçons de haine

et quelques mesures de poésie.

Aigle magique à sa fenêtre

 

muet et sombre

le geste précis,

du bout de ses griffes,

il recense la multitude des cons.


Septembre

 

Petite musique de soir

au fond de moi pleure

et vers un gouffre

m’attire en tristesse.

 

Symphonie malade

des petits tintements

aigus des larmes

sourdes dans mon silence :

 

j’ai rêvé trop jeune

des paradis d’ailleurs.

Rien ne m’intéresse

rien ne vit.

 

Je porte ma mort

effrayante sur

mes os de sang

et raille la ronde des vivants.

  

Moralité

 

Eh eh t’as l’air

bien malin après

ta crotte poétique.

Continue connard

con de ton siècle

stupide.